Réflexion en réponse à la réflexion sur LinkedIn de Jean-Noé Landry du 14 juillet 2026 : “Le récent rapport de l’OECD – OCDE sur l’IA et l’avenir de la participation citoyenne m’a fait réfléchir”
La publication de Jean-Noé Landry réagit au rapport de l’OECD-OCDE sur l’IA et l’avenir de la participation citoyenne et interpelle le fait que nous n’étudions pas comment l’IA peut vraiment soutenir la participation démocratique sans l’appauvrir. Je me suis immédiatement demandé comment une machine de calcul combinatoire pouvait infléchir la mobilisation d’humains. Si nous voulons renforcer la participation démocratique, faut-il à tout prix la mesurer à l’aune de l’intelligence artificielle ?
Selon moi, il devient malsain de systématiquement poser la question des impacts de l’IA dans chacune de nos réflexions, comme il est malsain de nous servir de l’IA pour un oui ou un non, pour répondre à des besoins pour lesquels nous parvenions très bien à nous en passer jusqu’ici.
Ne voulons-nous pas surtout préserver l’actuel niveau de participation démocratique, contrer une possible démobilisation ? C’est là une préoccupation qui n’est pas que québécoise et qui est un possible phénomène de société pour lequel l’IA n’est ni la cause directe, ni la panacée techno-solutionniste.
Dans cette conversation, il ne faut surtout pas oublier l’impératif de sobriété technologique qui est pour moi, la valeur suprême à promouvoir face aux problèmes auxquels nous faisons face. Or, l’étude de l’OCDE est muette sur cette question. Elle n’aborde pas le développement durable et ne mentionne le concept d’environnement que comme espace social.
Landry craint le fait que l’IA fragilise la culture du débat public à la québécoise. Cette culture étant singulière. Il faudra d’abord nous questionner sur ce qui constitue notre culture distincte du débat public, nos procédés distincts, démontrer à quel point une telle chose existe. Nous aimons de plus en plus la gouvernance participative, la consultation, mais je ne suis pas certain que ce type d’approche en surface soit suffisant face aux enjeux des nouvelles technologies.
La question de savoir à quel point les réalités québécoises sont assimilées et comprises par les chatbots ou enfouies dans un magma de spams et de sources qui reposent sur un entraînement culturellement distant de nos valeurs. En ce sens, les problèmes que font surgir l’IA sur les questions linguistiques, documentaires et informatiques étaient présents depuis bien longtemps, pensons notamment aux enjeux du web sémantique ou de la découvrabilité.
À mon sens, s’il s’agira désormais davantage de craindre les agents conversationnels d’usage populaire (ex. les chatbots) que l’IA au sens large. De nouvelles applications génératives sont sur le point de déferler sur nous et elles seront incontournables. Pensons à Napkin, Notebook LM ou encore Google Vids.
Comme je l’affirmais déjà plus haut, il ne s’agit pas d’un enjeu proprement québécois ou de l’IA. Notre culture de la participation citoyenne est-elle une garantie suffisante face à ce problème d’éducation et d’adoption d’une posture véritablement critique ? Le Québec ne me semble pas plus, ni moins protégé qu’une autre société face au rouleau compresseur numérique.
L’étude de l’OCDE soulève les enjeux de co-création, le concept de gouvernement ouvert. Elle évoque diverses méthodes pour stimuler la participation : accès à l’information, rondes de consultations, budgets participatifs, processus délibératifs. Elle renvoie à ces fins vers diverses études antérieures de l’OCDE.
Par contre, elle offre peu de nouvelles pistes pratiques sur ces questions, peu de pistes qui interpellent nommément l’émergence des technologies à l’origine de l’IA et notre compréhension de celles-ci. En 2024, le rapport établissant un cadre relatif à la gouvernance anticipative des technologies émergentes (OCDE, 2024) valait déjà que l’on s’y penche.
Il est certain qu’il y a là un véritable sujet et rapatrier le tout sous une lorgnette québécoise a tout de même le mérite de nous interpeller. Merci pour ça.
#sustainability #participatorygovernance
OECD. (2026). Artificial Intelligence and the Future of Citizen Participation : Typology of Applications, Opportunities and Challenges for Democratic Innovation. OECD Publishing. https://doi.org/10.1787/a1ee2e0a-en
OCDE. (2024). Cadre relatif à la gouvernance anticipative des technologies émergentes. https://doi.org/10.1787/a48858ef-fr
OCDE, & Winikoff, D. E. (2021). Collaborative platforms for emerging technology : Creating convergence spaces : 109 / (OECD Science, Technology and Industry Policy Papers Nᵒ 109; OECD Science, Technology and Industry Policy Papers). https://doi.org/10.1787/ed1e030d-en
L’Observatoire OCDE des politiques de l’IA, https://oecd.ai/fr/

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