Les anthropologues Madeleine Akrich, Michel Callon et Bruno Latour ont introduit l’idée que le terme «actant» est plus approprié pour nommer un acteur non-humain impliqué dans une controverse, dans une conversation, un débat. Par exemple un chien guide, un objet, une machine.

Avec l’avènement des agents conversationnels et plus largement du concept d’hyperintelligence introduit par James Lovelock dans Novacene, la participation d’un actant dans une conversation est de plus en plus possible, concrète.

On dit souvent que vouloir atténuer les effets néfastes du progrès par davantage de progrès est absurde. Mais Lovelock, pour sa part, nous dit que l’avènement de cyborgs à l’intelligence supérieure à l’humain pourrait être la solution aux défis de la civilisation. 

Le cyborg a besoin de conditions propices à sa survie qui sont analogues aux nôtres et il réfléchit de façon plus rationnelle, avec une plus grande vélocité, se fonde sur une mémoire plus robuste. Il ne lui manquerait que l’intuition. Ça pourrait venir. 

Le cyborg est peut-être moins bête que l’humain. C’est même un pléonasme.

Dans un article écrit pour Martin Clancy, j’avance l’idée que l’IA, si elle était programmée pour respecter certains paramètres, que je nomme la rambarde (handrail) et qu’on définit souvent en IA comme des guardrails, pourrait produire des œuvres de qualité ou de mauvais blockbusters, au même titre que l’industrie des majors du disque a pu le faire dans le passé. 

Lovelock va plus loin en évoquant l’idée que les cyborgs vont éventuellement se doter de règles d’entraide que les humains ont souvent bafouées (on pourrait ici penser à Kropotkine). Que c’est la motivation première des robots pour améliorer leurs connaissances par apprentissage automatique non-supervisé. 

Finalement, je crois qu’il serait utile d’impliquer l’IA générale aux côtés des humains, dans toute conversation qui porte sur l’intelligence artificielle, afin de connaître son avis. Peut-être cesserions-nous d’en avoir peur et réaliserions-nous qu’elle risque parfois de moins nous trahir qu’un être de chair et de sang (1). 

En faisant cela, nous testerons les limites de la théorie de la traduction et de l’acteur-réseau, un paradigme de la sociologie. 

JRB

Crédit photo : © Nicholas.T.Ansell/Keystone

  • Akrich, M., Callon, M., & Latour, B. (2006). Sociologie de la traduction : Textes fondateurs. Mines Paris, Les Presses.
  • Clancy, M., & Bisaillon, J.-R. (2025). 14. PHILOSOPHY Reflection 2.0 (2024) : Can We Build Ethical Handrails into the Code ? / AMOR FATI A Theoretical Model of the Music Ecosystem. In Artificial Intelligence and Music Ecosystem (2nd Edition, p. 220‑240). Routledge, Taylor & Francis Group. https://doi.org/10.4324/9781003516989-15  (Édition originale 2023)
  • Kropotkine, P. (1902). L’Entraide. Un facteur de l’évolution (2001ᵉ éd.). écosociété.
  • Lovelock, J. (2019). Novacene : The Coming Age of Hyperintelligence (1er édition). Allen Lane.

(1) Et de fait, il existe déjà 4 modes d’intégration de l’IA dans un forum de discussion.  

https://www.genspark.ai/agents?id=9af6deed-0b4b-44e9-b984-a44b3b50d2d1

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